Ievannah Homepage

Ievannah Homepage
Dance, Create, Discover.

mardi 11 septembre 2012

Piège pour Cendrillons

Il y a des gens qu'on voit souvent, et à qui on oublie de demander comment ils vont. Comment ils vont vraiment. Pas le "Ça va ? Oui et toi, ça va ? Ça va et toi ?" qui n'a plus aucun sens.
Quelqu'un qui m'est cher répondait "Et toi ?" quand je lui demandais comment il allait. Cet "Et toi ?" voulait tout dire. Tout le "Non, ça ne va pas." qui ne cadre pas avec l'échange conventionnel de banalités.
J'ai passé deux mois loin de personnes avec qui ces banalités occupaient une bonne part de la discussion. Voir trop de monde, trop souvent, et en trop peu de temps, cela finit en course d'un bout à l'autre d'un café. Le temps d'avoir dit bonjour à tout le monde, il faut déjà se préparer à dire au revoir - à tout le monde. Et le lendemain, on ne sait même plus vraiment qui était là.
On s'est simplement tous retrouvés, quelques heures, le temps d'étourdir notre ennui ou notre douleur qui dans l'alcool qui dans les rires faux, qui sont tout autant de substituts, un viagra factice pour avoir la force pour ce qu'on devrait faire plus naturellement.
Ou plus simplement.
Tout va très vite, on communique plus vite qu'on ne parle à l'ère du tweet et du MP, on peut être avec quelqu'un et parler avec mille autres qu'on ne voit pas... Est-ce que l'esprit humain a suivi ce progrès aussi vite ? Chez soi, on ne dort plus. Le lit, d'heure en heure, devient un instrument de torture. Toujours trop vide, ou trop plein, ce qui n'est qu'une autre manière d'être désert. Alors on sort.
Je crois qu'une part de nous est sacrément à la traine. Sacrément réac, archaïque, troglodyte, n'aspirant qu'à se tapir au fond d'une grotte à la tombée de la nuit, entassés, les uns dans les odeurs des autres, pour se rassurer et se dire qu'après, plus tard, enfin, il fera jour.
Au lieu de quoi nous trompons cette même angoisse à sortir, à être dehors, n'importe où hors de chez soi, à courir hors de soi, à courir comme des papillons de nuit vers les lumières d'un bar, d'un bar à l'autre, jusqu'au Dernier bar avant la fin du monde, ou de la nuit, ou de nos rêves, d'un dernier verre avant la fin de tout, de fermeture en fermeture, asphyxiés par l'immobilité forcée des nuits parisiennes... Trois heures, les paupières se plombent, les traits se tirent et les fards coulent, on peut rire ou pleurer, à cette heure, on n'est jamais vraiment soi.
On attend, on pourrait prendre un taxi et fuir ou même un bus de nuit, mais comme on s'est piégé volontairement au-delà du dernier métro ou du dernier train, on attend désespérément le retour de la lumière - et des transports. Le retour à la vie, en somme, après une parenthèse infernale, pas parce qu'elle était désagréable, mais parce que pour un instant, quelque part entre le dernier et le premier train, le temps s'arrête, aucun geste n'a la même valeur, on n'est plus soi, on s'est perdu quelque part en route, juste au moment où il aurait fallu courir pour rentrer chez soi...
Et alors qu'on attend, on voit, peu à peu, les autres, leurs masques se fissurer, les rires sonner faux, et les larmes amères perler au coin d'yeux qui n'en peuvent plus de fatigue. On se noie de paroles. Qu'est-ce qu'on parle, bon sang qu'est-ce qu'on parle, toujours des mêmes choses, toujours avec le même plaisir, et les sujets de conversation sont comme les hardes familières dont nous couvrons nos peaux glacées de solitude...
Mais enfin, enfin ! Dehors il fait jour, ce jour blafard et sale des matins de Paris, ce jour impitoyable qui laisse voir les traces de vin rouge là où le rouge à lèvres n'est plus, les fronts déjà plissés, si jeunes soient-ils, et les cernes dont la nacre fait comme un maquillage macabre à notre épuisement.
Alors il faut se trainer, chacun chez soi, ou chacun chez un autre, parfois plus seul encore d'être à deux.
Le lendemain - quelques heures plus tard, ou le jour d'après, c'est encore "Ca va ? Oui, et toi, ça va ?" et on ne peut plus rien se dire, le masque s'est consolidé, on ne peut qu'attendre, encore, la prochaine soirée, la prochaine nuit à se blottir les uns contre les chagrins des autres, à savoir qu'ensemble, même sans rien dire de nos angoisses, les plaies vives de notre sensibilité sont moins cuisantes, et qu'au moins, lorsqu'on retournera dans notre désert familier, l'épuisement nous y abattra d'un poignard clément.
Un jour je vous dirai les matins joyeux de Paris, ce rayonnement d'or sur les façades blanches tranchant sur le ciel bleuissant, mais ce soir, mes amis sont tristes et une part de moi l'est aussi.

Ahidouss : tradition du Moyen-Atlas

A la sortie de Fès, un peu au-delà du Golf Royal, se trouve la petite ville d'Ain-Chegag. Cette petite bourgade accueille chaque année le festival "Tislit", "la mariée", où des jeunes filles et des groupes de musiciens danseurs mettent en scène une partie des cérémonies consittuant le mariage traditionnel des Berbères du Moyen-Atlas.
On me dit : "Tu vas voir ! La mariée est amenée à cheval !" (wouhou. Ca s'annonce passionnant...) Bref. Grâce à un check google maps (parce que Google connait Ain Chegag !) me voilà à Ain Chegag, entourée de... plein de chevaux. C'est le dernier jour du festival, et les bêtes qui ont défilé (?) ou été vendues (??) quittent les lieux, le plus souvent sur des semi-remorques. 
Donc. Ain Chegag, c'est un petit patelin comme il y en a beaucoup dans les montagnes de la région. Une rue "principale" avec quelques cafés et commerces, occupée par quelques marchands - c'est la fin du souk - vendant des articles de seconde main. Ca va de la machine à coudre à la paire de chaissures en passant par le vélo ou la théière. On trouve de tout, au Maroc, même à Ain Chegag.
Après un café rapide en compagnie de mes parents et de leurs amis, dont bon nombre sont des représentants de l'âge d'or de l'athlétisme marocain, nous nous dirigeons vers la place où a lieu le festival. 
Ma première surprise fut le cordon d'honneur, les barricades de sécurité etc. Ce n'est pas spécialement nouveau, mais je ne m'y attendais pas. C'est assez destabilisant d'aller quelque part en pensant être spectateur, et se retrouver... spectacé.
Me voilà donc juchée sur une tribune, y monter m'a étrangement rappelé l'entrée en scène, mais je n'ai rien fait d'inconvenant (genre : tribal fusion devant le tout-AinChegag.)
En tout cas j'ai ramené quelques vidéos intéressantes pour les curieux de danses folkloriques.
La danse Ahidouss est une danse triable, mixe, exédutée par l'ensemble du village pour célébrer une récolte, un mariage... Récemment, la professionalisation des troupes a énormément virilisé le milieu. Rares sont les hommes qui accepteraient de voir leur femme se produire en spectacle devant d'autres. Ahidouss ne se danse plus en famille, on fait appel à une compagnie pour animer la fête. C'est une perte énorme pour le "matrimoine"...
En tout cas, voilà les vidéos : 

Entrée de la première compagnie...
Suivie par une deuxième. Leurs chants et percussions alternent ou se superposent.

Arrivée de la mariée



Quatre jeunes filles ont joué ce rôle durant le festival.



Détail de la tenue : le foulard noué de cette manière est typique dy Moyen-Atlas.




Ce mec, c'est un peu le Michel Jackson du Ahidouss...



mardi 4 septembre 2012

Un thé à Fes

Comme guide touristique, je suis nulle.
Mes connaissances historiques sont souvent floues ou incertaines, je suis beaucoup plus sensible aux impressions suscitées par une ville que par la frise chronologique de son histoire. Bref. Hier, j'ai été à Fes pour la première fois depuis 2005.
Ce qui est bien, quand un centre ville historique est protégé par l'UNESCO, c'est qu'on le retrouve à peu près inchangé.
Ce qui est moins bien, c'est qu'en fait, cela change malgré tout énormément. 
Au Maroc, je me suis improvisée spécialiste des "tea trips". L'idée, c'est de choisir un endroit singulier pour y boire le thé. Cela peut être à 2260m d'altitude, au col de >Tizin'Tichka, au bord d'une plage déserte à Sidi Ifni, ou en l'occurrence à Fes, sur la place juste derrière Bab Boujloud. 
Durant des décennies, cette place où trônait un mûrier a été le lieu de rencontre des fassis. Je me souviens y avoir bu un thé à la menthe excellent, durant l'hiver 2005. La place était presque vide, il y avait un peu de vent, et il était agréable de se brûler les doigts au verre fumant. 

L'idée, donc, était d'y retourner, pour boire ce fameux thé.
A présent, la place est encore occupée par un mûrier, mais ce n'est pas celui qu'a connu mon père dans son enfance. Celui-là a été déraciné. Un autre, planté un peu plus bas, commence à atteindre des proportions honorables.
La chaleur, en revanche, était intenable. 32°, cela ne vaut pas les 52 qu'ont connu Marrakech et Ouarzazate cette année, mais le soleil de l'Atlas rappelle la justesse de l'expression consacrée, en arable. Chemch harra. Le soleil est brûlant, pas à la manière d'un feu, mais comme une épice trop forte. Heureusement ou pas, l'un des changements que j'ai noté est la multiplication des panneaux de bois tendus à l'horizontale, d'un bâtiment à un autre, pour protéger les passants du soleil.
Il a fallu attendre que le thé soit à température à peu près potable, puis ce fut l'escapade dans la Médina de Fès.
 (Demandez les détails à Wikipédia.)
 Donc. La Médina de Fès, c'est un peu comme celle de Marrakech, les chances de s'y retrouve sont minimes. Elle s'articule autour de deux axes, la "petite descente"et la "grande descente". La petite descente est moins large que la grande descente, et les deux descendent. Comme quoi, la nomination descriptive, c'est chouette.
Autre bel exemple de nomination descriptive, la "porte des sept tournants", qui comme son nom l'indique donne accès à une ruelle... à sept tournants.
  
"Bab seb3 Lewiat", la porte des sept tournants.  

Un souvenir vénitien ?...
Je crois que j'ai surtout été surprise par la manière dont un voyage parvient à conditionner les suivants. A travers les ruelles de Fes, leurs détours, les portes et fenêtres cintrées surgissant à l'improviste, et surtout, je pense, à cause de cette luminosité inattendue du ciel, c'était à Venise que je pensais...  Comme la Cité des Doges, la partie ancienne de la ville de Fes voit ses heures comptées. Ici, l'eau n'est pas une menace, mais la difficulté d'accès et de recensement des bâtiments en ruine rend la restauration difficile et coûteuse. Jusqu'aujourd'hui, impossible d'accéder au coeur de la Médina autrement qu'à pied ou en charrette à traction animale. Je regrette de ne pas avoir sous la main une photo d'âne chargé de bidons d'eau ou de  bonbonnes de gaz...



 Pour éviter l'effondrement, les murs sont
étayés par des poutres.

En s'éloignant un peu de la partie la plus touristique de la Médina, le regard peur se perdre dans la vallée.

A certains endroits, le détail des arts décoratifs traditionnels de Fes se retrouve. Les plafondds sont ornés de poutres décoratives en marqueterie, les murs et les ogives des portes se couvrent de frises sculptées dans le plâtre. La tradition islamique interdisant la représentation figurative, il faut retrouver dans les arabesques et les détails géométriques une volonté de créer une harmonie de facture humaine qui soit analogue à l'harmonie divine, sans lui faire concurrence...











 Pour ce qui est de l'ambiance, néanmoins, Fes a changé. De toutes les villes du Maroc, c'est celle où on me parle le plus souvent en français, voire en espagnol. Cela m'avait presque choquée en y allant après trois mois de vie parisienne, et ça n'a pas changé. Je vous expliquerai sûrement pourquoi dans un article ultérieur...
A la décharge des personnes qui m'ont délestée de mon """"""identité marocaine"""""", le gros appareil photo qui pendouille devait effectivement me donner des airs de touriste en vadrouille. Bref. Le tourisme est nécessaire à cette ville, mais il l'a également dénaturée. Je vais faire ma minute anti-Unesco : Tous les produits artisanaux ont baissé en qualité, quand ils ne sont pas carrément fabriqué de manière industrielle et importés... de Chine. Babouches, sacs, djellabahs souffrent de cette baisse de la qualité. Quand on en parle aux artisans, la raison est simple. Avant, ils produisaient des articles qui coûtaient deux fois plus cher, mais qui duraient beaucoup, beaucoup plus longtemps. Les choses ont changé. Les touristes refusent de payer autant, et on achète maintenant à moins de dix euros un produit qui, s'il était de bonne qualité, en vaudrait au moins vingt... A force de dire aux touristes qu'il faut "tout marchander", les prix ont fini par baisser. La qualité aussi. Et je ne rentrerai pas dans un débat post-colonialiste sans quoi on n'en finirait pas. Bref, je me calme, et vous invite à découvrir ces "vues de Fes" :

Autre exemple de ruelle récemment couverte.

Pour finir, un tajine de légumes. Servi bouillant, avec des bulles qui font blop blop sur les bords.Sinon c'est pas drôle.

Au niveau de l'ambiance, le centre de Fes, c'est un peu ça.

 Bref, J'ai été à Fès.

Plus tard, je vous parlerai sûrement des "prises de guerre". Un peigne et une paire de babouches dorées à la turque. Plus tard dans la soirée, j'ai également eu droit à une visite d'Ain Chegag à l'occasion du festival "Tislit" (la mariée en langue amazigh). Restez en ligne pour de nouvelles aventures.

samedi 1 septembre 2012

Programme - Sept-Oct 2012

Chers tous,
Voilà ce que je compte faire dans les semaines à venir. Restez en ligne pour de nouvelles informations !
Dear everyone,
Here's what I'm up to for the next weeks. Stay tuned for more info !

Vendredi 21 septembre : "Les Voyageurs du temps : Le temps des pin-ups (1945-1955) http://www.facebook.com/events/342323919177980/
Jeudi 27 septembre : "Le Cénacle du Cygne" à la Cantada
Samedi 29 septembre :"Le Cabaret du Néant" à la Cantada
Dimanche 7 octobre : "Le Portrait de Dorian Gray", adaptation théâtrale par la compagnie Les Framboisiers (http://www.lesframboisiers.fr/ )
 Mardi 16 octobre : Conférence "Réécriture et perversion du conte dans la littérature fin-de-siècle"
Samedi 27 octobre : Le Bal Paradoxal (http://balparadoxal.blogspot.com/)


Pour l'instant, je profite de quinze jours de "repos" au Maroc pour avancer sur ma thèse.
For now, I'm making the most of a couple of weeks in Morocco to work on my thesis.
Rêves d'orient, Georges Croegaert

Here we begin.

Chers tous,
Bienvenue dans un petit espace personnel, qui me servira essentiellement de déversoir virtuel.
Ne vous étonnez pas si c'est disparate, improbable, abandonné durant des mois, rempli frénétiquement d'une heure à l'autre.
Vous pourrez suivre ici mon actualité sur scène. Ca c'est important.
Il sera également question de beaucoup de sujets qui me tiennent à coeur, dans le désordre. Danse, costume historique, littérature, arts, théâtre, cinéma, en vrac. Ce sera parfois drôle, parfois triste, souvent inutile. Vous me verrez défendre violemment une idée puis en épouser le contraire. Pour ceux qui me connaissent au quotidien, il n'y aura que peu de surprise. Pour les autres, ce sera l'occasion d'en créer.
Bonne visite, donc.
I.

Dear everyone,
Welcome to a personal little lair, where I plan to spill some random thoughts.
Don't be surprised if it things here look mixed, unexpected, abandonned for months then flooded over an hour.
You can follow my dance activity here. Now that is important.
I will also talk about many topics that are dear to me. Dance, historical costumes, literature, arts, theatre, movies etc. Sometimes it will sound funny, sometimes sad, but most of the time, pointless. You will see me violently argue for an idea then defend its opposite. For all the ones who know me in everyday life, there will be almost no surprise. For all the other ones, let's take a chance and create some.
Have a nice time here.
I.